Elle n'avait pas encore posé ses yeux sur lui qu'elle savait. Deux semaines qu'elle était à sa recherche, elle avait écumé tous les squats, tous les bars, tous les endroits les plus sombres de la ville, et, enfin, finit par le retrouver dans un vieil appartement... insalubre. Elle n'eut pas le courage de le regarder, pas tout de suite, pas maintenant. Une forte odeur de pisse, de sang et de tabac lui emplissait peu à peu ses poumons. Elle suffoquait. Le pièce était plongée dans l'obscurité, le sol noir de crasse, seul un matelas y était négligemment posé. Et des seringues, et des aiguilles, et des feuilles d'aluminium, et des petites cuillères, et des bouteilles de méthadone à moitié finies... Quand elle le regarda, enfin, elle ne le reconnut pas. Son propre fils, son sang, sa chair... Eut l'impression de le voir pour la première fois. Accroupi, le visage baissé, une maigreur stupéfiante, les yeux fous. Pupilles dilatées, regard très sombre, ses yeux bougeaient à toute vitesse sans marquer de pose, ne cessaient de chercher un échappatoire à sa propre douleur. Il tremblait. Sa sueur dégageait une odeur insoutenable, le monstre sortait peu à peu du corps. Elle s'avança, doucement, comme s'il c'était agit d' un animal sauvage. Elle lui prit sa main, et l'appela par son prénom dans un murmure à peine audible. Il releva la tête, lentement, ses yeux se fixèrent tout à coup, il plongea son regard (son âme?) dans le sien (la sienne?) : « Sauves-moi maman »



